7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 00:05
Marguerite Messika est née en 1893 et décédée en 1930, est une chanteuse et comédienne tunisienne du début du XXe siècle. Elle est la nièce de la chanteuse Leila Sfez.
Elle naît dans le quartier israélite de Tunis dans une famille pauvre de "touansa". Ses parents Daïda et Maïha travaillent dans le commerce du fil.
Elle apprend à lire et écrire à l'école de l'alliance israélite qu'elle quitte après 7 ans pour suivre, grâce à l'aide de sa tante, des cours de chant, de solfège et d'arabe classique auprès du célèbre compositeur Khemaïs Tarnane et du ténor égyptien Hassan Bannan.
Marguerite se mêle aux Tunisiens Arabes et prend pour pseudonyme Habiba ou Hbiba qui signifie l'aimée. Ainsi est née Habiba Msika ou Hbiba Msika.
Son premier récital a lieu au palais Assous de La Marsa où elle rencontre son pygmalion et amant : le ministre de la plume Aziz.
 
C'est à partir des années 1920 que sa carrière décolle : elle devient un véritable sex-symbol et est l'initiatrice du phénomène des "soldats de la nuit".
C'est à cette époque qu'elle monte avec son amant à Paris où elle rencontre, par son entremise, Pablo Picasso ou encore Coco Chanel qui dira d'elle : « Habiba est un tempérament de feu sous ses grâces d'orientale. Elle imposera Paris en Afrique du Nord.»
Mais, sous la pression du résident général de France à Tunis, représentant de l'autorité coloniale, le bey de Tunis oblige Aziz à la quitter.
Elle s'investit alors dans sa carrière théâtrale et joue notamment Le Fou de Leïla, Lucrèce Borgia et la plupart des pièces du répertoire shakespearien.

 
Habiba Msika dans L'Aiglon d'Edmond Rostand au Théâtre Municipal de Tunis
Elle incorporait le personnage du Duc de Reichstadt au sein de la troupe L'Avenir Théâtral

venue chanter à Alger en 1923, 
En mars 1925, elle joue le fameux Roméo et Juliette au théâtre Ben Kamla. Elle interprète Roméo et alors que Rachida Lotfi, une actrice israélite libyenne, joue Juliette. C'est Mahmoud Bourguiba, frère du leader nationaliste tunisien Habib Bourguiba, qui monte la pièce. Le baiser qu'elle échange avec Rachida Lotfi provoque une véritable émeute, la scène étant incendiée par des spectateurs outrés. Il faudra l'intervention de ses "soldats de la nuit" pour maîtriser la situation.
Déjà connue pour ses sympathies nationalistes, elle provoque une nouvelle fois le scandale en 1928 en jouant "Patrie : les martyrs de la liberté" enroulée dans le drapeau tunisien et scandant des slogans indépendantistes. Elle fût arrêtée par les autorités coloniales à la sortie avec ses "soldats de la nuit".


Maîtresse du prince Fouad Ier d'Égypte à la même époque, elle fait la connaissance de Eliahou Mimouni qui est un riche israélite de Testour follement épris d'elle : il ira jusqu'à lui construire un palais. Elle quitte quand même ce dernier et entame une nouvelle idylle avec un ami d'enfance Mondher Maherzi. Enceinte, elle décide de l'épouser.
Mais, dans la nuit du 20 février 1930, son ex-amant Eliahou Mimouni, fou de jalousie, pénètre dans sa résidence, l'asperge d'essence et la brûle vive. Grièvement brûlé à son tour, il meurt peu après. Msika est inhumée au cimetière du Borgel à Tunis.

Prototype de la femme libre et maîtresse de son destin, cantatrice charismatique et actrice audacieuse, véritablement adulée par la population tunisienne autochtone, Msika est un véritable phénomène de société à son époque. Son souvenir traverse les générations et la manière dont elle est morte devenant même une insulte (« Que tu soies brûlée comme Habiba Msika ! »).

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Published by Bob_A_A - dans Salon de Musique
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