2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 13:51
 

 

Juif indigène né à Alger en 1874, Yafil a commencé, comme tous les musiciens de son époque, par fréquenter les cafés maures de la Casbah du vieil Alger; des lieux où se perpétuait la tradition de la musique Çan’a; désignée aussi par musique andalouse.

C’est là qu’il venait écouter le dernier grand Maître musulman du 19ème siècle, le M’alem [chef de formation] Mohammed Ben Ali Sfindja, décédé en 1908. Ce dernier le prendra dans sa troupe qui comptera des musiciens de renom : le M'alem Saül Durant, alias Mouzino (décédé en 1932), Laho Serror, Saïdi, etc. 

 
  • LA RENCONTRE AVEC ROUANET. 
1898, Yafil participe aux travaux de Jules Rouanet sur les musiques de l'Algérie, servant d’intermédiaire et d'interprète entre le musicologue et le Maître Sfindja...
Au delà des frictions et des malentendus, cette association de compétences, somme toute heureuse, est celle qui aura le plus donné à la musique Çan’a :
1. / Rouanet signe [La Musique arabe dans le Maghreb in encyclopédie de Lavignac Tome V 1913-1922] ; l’écrit le plus complet sur la musique " savante " d’Alger. Une synthèse des connaissances récoltées auprès des véritables Maîtres qui confirme ce que les musicologues du 19ème siècle [Shaw, Christianowitsh, Salvador-Daniel, etc.] ont rapporté sur cette tradition. 
 2. / Yafil classe l’ensemble des textes des mélodies dans un ouvrage [Majmû’âtes Al Aghânî Wal Alhân Min Kalâm Al Andalus (Ensemble de chants et de mélodies du patrimoine andalou) Alger 1904] qui demeure une référence incontournable. 
 3. / Les transcriptions de Rouanet-Yafil [Répertoire de musique arabe et maure (collection de mélodies) Alger 1904] restent, malgré l’approximation de la notation musicale, des documents d’une valeur inestimable pour appréhender l’évolution de cette tradition musicale. 
 
  • LA MOUTRIBIA ET LE TANDEM AVEC BACHTARZI. 
En 1909 Yafil fonde une école de musique arabe qui deviendra en 1911 El Moutribia ; la première association de musique de l’histoire de la Çan’a.
En 1918, il rencontre Mahieddine Bachtarzi le muezzin et l'habitué des cercles religieux lequel optera pour une carrière artistique qui englobera tous les domaines du spectacle (ténor, acteur, metteur en scène, etc.). ( Bachtarzi est surtout reconnu comme étant le fondateur du théâtre algérien.)
 
Sous l'impulsion de Yafil, El Moutribia, à travers ses activités pédagogiques et artistiques, à travers ses tournées internationales, aura eu le mérite de faire évoluer la Çan’a depuis les cercles fermés traditionnels jusqu'à l’univers des salles de concert, de porter la musique traditionnelle algéroise à des sommets jamais atteints auparavant.
 
  • LE CONSERVATOIRE D’ALGER. 
En 1922 Yafil, " héritier " de Sfindja, se voit attribuer, sous l’insistance et avec la bénédiction des élus musulmans, soucieux de restaurer la personnalité algérienne, la chaire de musique arabe au conservatoire.
En 1923, il laisse la direction de l’association El Moutribia à Bachtarzi lequel, quelques années plus tard, abandonnera le cadre de la musique traditionnelle pour celui du spectacle et du théâtre.
Ce changement de cap poussera des puristes à créer, en 1929, une nouvelle association : El Andaloussia.
Le climat tendu des années 1930 (situations politique et sociale en Algérie) sera à l’origine de toute la dynamique du mouvement associatif algérien…
 
Aussi, et jusqu'à l’émergence de l’orchestre de la Station en 1946 dirigé par les frères Mohammed et Abderrezaq Fakhardji, elles seront plus d’une dizaine d’associations de musique à voir le jour rien que pour la région d’Alger : Gharnata, El Mizhar, El Hayat, la société des concerts sous la direction du grand Maître Ben Teffahi lequel contribuera à la création le 27 Janvier 1930 de la prestigieuse association El Djazaïria qui fusionnera le 15 octobre 1951 avec une autre association non moins prestigieuse El Mossilia (créée en 1932).
El Djazaïria-El Mossilia sera du reste l’Association phare de toute la deuxième moitié du 20ème siècle.
Toutes ces associations de musique ont contribué à former de nombreux musiciens, le plus souvent des anonymes, mais aussi des interprètes de renom et des futurs Maîtres : Bouraada, Kasdali, Djaïdir, Serri, Messekdji, Mazouni, etc., et tant d'autres par la suite : Mais, ceci est une autre histoire…
Yafil, que l’histoire tente délibérément d’oublier, qui décède en octobre 1928, restera un des maillons incontournables de la tradition musicale algéroise, le musicien virtuose qui a transmis le flambeau des Maîtres du 19ème à ceux du 20ème siècle, l'imprésario qui a su imposer et convaincre les maisons d'édition à produire la Musique Çan’a. Nous lui devons en partie, les voix de Sfindja, de M’alma Yamna (la Diva algérienne décédé le 02 juillet 1933 à l’âge de 74 ans), de Mouzino, de Bouchara (Grand professeur de l’association El Mossilia), de Bachtarzi, de Laho Serror, … 

* * *

Le Alger reconnaissant, le Alger culturel, lui rendront toujours un hommage mérité.

Juif indigène né à Alger en 1874, Yafil a commencé, comme tous les musiciens de son époque, par fréquenter les cafés maures de la Casbah du vieil Alger; des lieux où se perpétuait la tradition de la musique Çan’a; désignée aussi par musique andalouse.
C’est là qu’il venait écouter le dernier grand Maître musulman du 19ème siècle, le M’alem [chef de formation] Mohammed Ben Ali Sfindja, décédé en 1908. Ce dernier le prendra dans sa troupe qui comptera des musiciens de renom : le M'alem Saül Durant, alias Mouzino (décédé en 1932), Laho Serror, Saïdi, etc. 


LA RENCONTRE AVEC ROUANET. 
1898, Yafil participe aux travaux de Jules Rouanet sur les musiques de l'Algérie, servant d’intermédiaire et d'interprète entre le musicologue et le Maître Sfindja...
Au delà des frictions et des malentendus, cette association de compétences, somme toute heureuse, est celle qui aura le plus donné à la musique Çan’a :
1. / Rouanet signe [La Musique arabe dans le Maghreb in encyclopédie de Lavignac Tome V 1913-1922] ; l’écrit le plus complet sur la musique " savante " d’Alger. Une synthèse des connaissances récoltées auprès des véritables Maîtres qui confirme ce que les musicologues du 19ème siècle [Shaw, Christianowitsh, Salvador-Daniel, etc.] ont rapporté sur cette tradition. 
 2. / Yafil classe l’ensemble des textes des mélodies dans un ouvrage [Majmû’âtes Al Aghânî Wal Alhân Min Kalâm Al Andalus (Ensemble de chants et de mélodies du patrimoine andalou) Alger 1904] qui demeure une référence incontournable. 
 3. / Les transcriptions de Rouanet-Yafil [Répertoire de musique arabe et maure (collection de mélodies) Alger 1904] restent, malgré l’approximation de la notation musicale, des documents d’une valeur inestimable pour appréhender l’évolution de cette tradition musicale. 

LA MOUTRIBIA ET LE TANDEM AVEC BACHTARZI. 
En 1909 Yafil fonde une école de musique arabe qui deviendra en 1911 El Moutribia ; la première association de musique de l’histoire de la Çan’a.
En 1918, il rencontre Mahieddine Bachtarzi le muezzin et l'habitué des cercles religieux lequel optera pour une carrière artistique qui englobera tous les domaines du spectacle (ténor, acteur, metteur en scène, etc.). ( Bachtarzi est surtout reconnu comme étant le fondateur du théâtre algérien.)

Sous l'impulsion de Yafil, El Moutribia, à travers ses activités pédagogiques et artistiques, à travers ses tournées internationales, aura eu le mérite de faire évoluer la Çan’a depuis les cercles fermés traditionnels jusqu'à l’univers des salles de concert, de porter la musique traditionnelle algéroise à des sommets jamais atteints auparavant.

LE CONSERVATOIRE D’ALGER. 
En 1922 Yafil, " héritier " de Sfindja, se voit attribuer, sous l’insistance et avec la bénédiction des élus musulmans, soucieux de restaurer la personnalité algérienne, la chaire de musique arabe au conservatoire.
En 1923, il laisse la direction de l’association El Moutribia à Bachtarzi lequel, quelques années plus tard, abandonnera le cadre de la musique traditionnelle pour celui du spectacle et du théâtre.
Ce changement de cap poussera des puristes à créer, en 1929, une nouvelle association : El Andaloussia.
Le climat tendu des années 1930 (situations politique et sociale en Algérie) sera à l’origine de toute la dynamique du mouvement associatif algérien…

Aussi, et jusqu'à l’émergence de l’orchestre de la Station en 1946 dirigé par les frères Mohammed et Abderrezaq Fakhardji, elles seront plus d’une dizaine d’associations de musique à voir le jour rien que pour la région d’Alger : Gharnata, El Mizhar, El Hayat, la société des concerts sous la direction du grand Maître Ben Teffahi lequel contribuera à la création le 27 Janvier 1930 de la prestigieuse association El Djazaïria qui fusionnera le 15 octobre 1951 avec une autre association non moins prestigieuse El Mossilia (créée en 1932).
El Djazaïria-El Mossilia sera du reste l’Association phare de toute la deuxième moitié du 20ème siècle.
Toutes ces associations de musique ont contribué à former de nombreux musiciens, le plus souvent des anonymes, mais aussi des interprètes de renom et des futurs Maîtres : Bouraada, Kasdali, Djaïdir, Serri, Messekdji, Mazouni, etc., et tant d'autres par la suite : Mais, ceci est une autre histoire…
Yafil, que l’histoire tente délibérément d’oublier, qui décède en octobre 1928, restera un des maillons incontournables de la tradition musicale algéroise, le musicien virtuose qui a transmis le flambeau des Maîtres du 19ème à ceux du 20ème siècle, l'imprésario qui a su imposer et convaincre les maisons d'édition à produire la Musique Çan’a. Nous lui devons en partie, les voix de Sfindja, de M’alma Yamna (la Diva algérienne décédé le 02 juillet 1933 à l’âge de 74 ans), de Mouzino, de Bouchara (Grand professeur de l’association El Mossilia), de Bachtarzi, de Laho Serror, … 
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Le Alger reconnaissant, le Alger culturel, lui rendront toujours un hommage mérité.

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Published by Bob_A_A - dans Salon de Musique
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