14 avril 2006 5 14 /04 /avril /2006 22:13



Des Communistes Ayant aide' la Revolution Algerienne   EN VIDEO


TEMOIGNAGES


 

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a inauguré cet été une stèle à la mémoire des Français qui ont combattu aux côtés des Algériens lors de la guerre de libération. Un geste politique et symbolique fort, passé inaperçu. Alors que le 1er novembre marque en Algérie l'anniversaire du déclenchement de la révolution armée, un ancien appelé revient sur la réhabilitation de ces héros oubliés.

02/11/02 : Ils s'appelaient Maurice, Raymonde, Henri ou Lucette. Français d'Algérie, ils ont combattu auprès des Algériens lors de la guerre de libération. Pourtant, peu d'entre eux sont sortis de l'anonymat. En juillet dernier, le président Abdelaziz Bouteflika a inauguré une stèle, située à Alger entre la place des Martyrs et l'entrée de la commune de Bab el Oued, réhabilitant ses " porteurs de valises " oubliés. Un hommage porté à ces hommes et femmes " épris de paix et de liberté, qui ont témoigné avec sacrifice et courage, pour la dignité du peuple français et l'honneur de la France, durant la guerre de libération nationale et qui ont soutenu sans relâche et dans la fidélité à leurs principes, le combat du peuple algérien pour son émancipation ". Alors que l'Algérie commémore le 48ème anniversaire du déclenchement de la révolution armée (le 1er novembre 1954), René Fagnoni, secrétaire-général du Comité de groupe Socpresse-Le Figaro et ancien appelé, revient sur la symbolique de cette stèle qu'il a appelée de ses voeux.

Afrik : Vous avez milité pour que cette stèle existe pourquoi ?
René Fagnoni : Cette stèle réhabilite la mémoire de ces oubliés de l'Histoire, véritables héros et acteurs primordiaux de la Révolution algérienne. Elle leur rend justice et fait écho à la plaque dévoilée par Bertrand Delanoë en octobre 2001 à Paris, sur le pont Saint-Michel, rendant hommage aux manifestants algériens morts le 17 octobre 1961. L'Algérie se devait de rendre hommage aux Justes français qui se sont battus aux côtés des Algériens. Ils n'étaient pas nombreux mais ont fait preuve d'un immense courage. Pour moi, ils représentent l'honneur de la France. Ils ont permis que dans cette guerre abominable l'éclat de la France en tant que terre des libertés, mère des Révolutions et des valeurs du siècle des Lumières ne soit pas totalement terni. Et ils sont des exemples pour notre époque qui manque cruellement de héros.

Afrik : L'inauguration a été très discrète...
René Fagnoni : C'est en effet un geste politique important qui est complètement passé inaperçu. Mais c'est déjà un pas. Les gouvernements français successifs n'ont jamais accepté le caractère héroïque de la démarche de ces Français et les Algériens ont mis très longtemps à le reconnaître. A tel point que le corps de Maurice Laban n'a été rapatrié ni par la France ni par l'Algérie. Cette dernière a donné la priorité à ses propres martyrs, malheureusement très nombreux. 1,5 millions d'Algériens sont morts à l'époque, sur une population de 9 millions de personnes.

Afrik : A quels personnages fait référence cette stèle ?
René Fagnoni : A tous les Français anonymes engagés aux côtés des Algériens. Et en particulier à Maurice Laban, à qui l'historien Jean-Luc Einaudi a consacré un ouvrage *. Natif de Biskra, où ses parents étaient instituteurs, il s'engage d'abord dans les Brigades internationales durant la Guerre d'Espagne. Il en revient avec de graves blessures. Membre du Parti communiste algérien (PCA), il rejoint le maquis aux côtés du FLN et sera tué le 5 juin 1956, en même temps que l'aspirant Maillot. Il a alors 42 ans. Quant à Henri Maillot, militant du PCA de 24 ans, aspirant rappelé dans l'armée française, il déserte en avril 1956 avec un stock d'armes. Il est pris vivant par les militaires et alors qu'on veut lui faire crier " Vive la France ", il s'exclame " Vive l'Algérie indépendante ! " avant de tomber sous une rafale. Il faut citer aussi l'infirmière Raymonde Peschard, arrêtée, torturée, violée et massacrée en août 1959, à 25 ans.

Afrik : Mais l'Algérie a déjà donné des noms de Français ayant combattu aux côtés des Algériens à des rues ou des bâtiments...
René Fagnoni : Si vous parlez de l'Hôpital Maillot, il n'a rien à voir avec l'aspirant en question. L'établissement portait ce nom bien avant qu'Henri Maillot ne déserte. En revanche, une rue Maurice-Laban a été inaugurée à Biskra l'année dernière. Mais dans la région de Batna, où est tombée Raymonde Peschard, qui se souvient d'elle ? A l'inverse, on commémore chaque année la mort de Massika Ziza, infirmière du même âge que Raymonde, tuée par un éclat d'obus lors d'un bombardement en petite Kabylie. Plusieurs bâtiments publics portent même son nom.

Afrik : Quelle a été votre expérience de l'Algérie pendant la guerre ?
René Fagnoni : Jeune appelé, j'ai été envoyé, pour briser mes velléités anti-colonialistes, en Algérie de mars 1957 à mai 1959. J'ai été incorporé dès le premier jour dans le 7ème régiment de tirailleurs algériens, stationné dans les Aurès et composé à 80% de musulmans. C'est dans cette région, près de Batna, que j'ai appris à aimer l'Algérie et ses habitants avec lesquels j'ai noué des liens très forts. J'ai vu ce qui se passait sur le terrain mais par bonheur, je n'ai jamais eu à participer à un engagement avec les combattants algériens. C'est pourquoi aujourd'hui, j'ai autant de respect pour ces jeunes hommes et femmes français qui ont eu le courage de mettre en action cette phrase de Jean-Jacques Rousseau : " Quand l'Etat perd la raison, l'insurrection est le plus sacré des devoirs ".

* Un Algérien, Maurice Laban de Jean-Luc Einaudi (Cherche midi éditeur, Paris, 1999).

Olivia Marsaud
© Afrik.com
Maurice Audin..EN VIDEO


Maurice Audin était un brillant mathématicien qui enseignait à la faculté d'Alger. Il était sur le point de soutenir sa thèse, sous la direction de De Possel, quand il fut arrêté, torturé et assassiné par l'armée française en juin 1957, pendant la guerre d'Algérie. Il est mort à 25 ans. Sa thèse a été soutenue "in absentia" en décembre 1957, sous la présidence de Laurent Schwartz.

Depuis janvier 1957, la 10ème Division parachutiste commandée par le général Massu a les pouvoirs de police à Alger afin de traquer le terrorisme. Maurice Audin, assistant en mathématiques à la Faculté des Sciences d'Alger, membre du PCA (Parti Communiste algérien, dissous en 1955), est arrêté le 11 juin 1957 vers 23 heures par le capitaine Devis, le lieutenant Erulin et plusieurs parachutistes du 1er RCP (Régiment de Chasseurs Parachutistes). Une souricière est installée dans l'appartement de la famille Audin. Le lendemain, Henri Alleg, ancien directeur du journal Alger Républicain, y est arrêté. Madame Audin est immobilisée dans son appartement durant quatre jours avec ses trois enfants. Une fois libre, elle s'inquiète du sort de son mari auprès des autorités et prend un avocat. Elle saisit la « Commission de sauvegarde des droits et libertés individuelles » qui vient d'être installée le 10 mai 1957 par Guy Mollet. Le 22 juin, elle apprend dans le Journal d'Alger que son mari est assigné à résidence, tandis que deux paras viennent la surveiller durant la journée. Le 29, le colonel Godard demande à l'avocat de lui envoyer madame Audin le 1er juillet. Il a une nouvelle « plutôt rassurante » à lui apprendre. Elle se présente chez le colonel Godard et est reçue par le colonel Trinquier. Il lui lit un rapport du lieutenant-colonel Mayer, commandant le 1er RCP, révélant que Maurice Audin s'est évadé lors d'un transfert. Madame Audin ne croit en rien les affirmations de ce document. Le 3 juillet, Mr Maisonneuve, conseiller de Robert Lacoste, lui écrit que Maurice Audin s'est évadé. Paul Teitgen, secrétaire général chargé de la Police à la Préfecture donne la même information, tout en s'étonnant que la fiche d'assignation à résidence ait été établie le jour même de l'évasion. Le « Bulletin de recherche et de diffusion urgente » suite à l'évasion, n'est déposé que le 18 juillet au bureau central de la Sûreté nationale en Algérie. Le 4 juillet, madame Audin, convaincue que, si son mari s'était évadé, il le lui aurait fait savoir, porte plainte pour homicide. Le 16 juillet, Jacques Duclos interroge le ministre Lacoste sur l'affaire Audin depuis la tribune de l'Assemblée Nationale. Pas de réponse. Le 25 septembre, il accusera les paras d'avoir assassiné Maurice Audin. Le 19 août, le procureur de la République d'Alger, après audition des paras par le juge, ne voit rien qui puisse contredire la thèse de l'évasion. Mais le 13 septembre, il trouve le silence de Maurice Audin étrange. Dès juillet, certains journaux en France, l'Humanité, le Monde, l'Express, évoquent l'affaire Audin. L'indignation des universitaires se manifeste spécialement lors de la soutenance de thèse de doctorat d'État de Maurice Audin le 2 décembre 1957 à la Sorbonne, en l'absence de l'intéressé.

Un comité Audin se constitue et publie une brochure « L'affaire Audin » qui établit, à partir du dossier de l'instruction d'Alger et de témoignages, que Maurice Audin, arrêté sans mandat, a été emprisonné à El Biar dans un immeuble du 1er RCP, qu'il a été torturé puis étranglé par le lieutenant Charbonnier, officier de renseignement, le 21 juin et que l'évasion avait été une mise en scène.

Henri Alleg et le docteur Hadjaj, eux aussi arrêtés et torturés virent l'attitude des paras changer après la « disparition » de Maurice Audin. Alleg qui fut mis en présence de Audin raconte dans son livre, La Question, les tortures qu'il a subies.

Les avocats de madame Audin demandent en 1958 la poursuite de l'instruction en métropole. Elle est transmise à Rennes en avril 1959 et les militaires, y compris Massu, sont entendus. Le 12 juillet 1961, le procureur général de Rennes, René Cénac, envoie à son ministre de tutelle des observations retenant l'évasion comme une réalité et mettant en doute les tortures. Les accords d'Évian signés le 18 mars 1962 sont suivis d'un décret du 22 mars amnistiant « les faits commis dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre dirigées contre l'insurrection algérienne. »

Conformément aux souhaits du ministre, le juge de Rennes rend un non-lieu en raison de ce décret et pour insuffisance de charges. Les avocats de madame Audin font appel puis saisissent la cour de Cassation. Leur pourvoi est rejeté en 1966. En 1968, madame Audin effectue un recours gracieux auprès de trois ministres, réclamant pour elle et ses enfants une indemnisation. Refus. Elle saisit le Tribunal administratif qui lui oppose la prescription quadriennale. Le ministre de l'Intérieur suggère de renvoyer la plaignante aux autorités algériennes! L'affaire vint en Conseil d'État. Le commissaire du gouvernement reconnaît la thèse du meurtre de Maurice Audin mais déclare le Tribunal Administratif incompétent.

Le général Massu dans son livre La vraie bataille d'Alger paru en 1971, reprend, à propos de l'affaire Audin, la fable de l'évasion mais dit regretter vivement cette disparition « parce qu'elle a permis de supposer que certains de mes subordonnés « galopaient » un peu trop vite ». Et d'ajouter « Audin s'était engagé délibérément dans la subversion, il ne pouvait en ignorer les risques », plaidant ainsi une chose et son contraire.

En 1981, François Mitterrand, ancien ministre de la justice de Guy Mollet, est élu président de la République. Cette même année, Charbonnier, devenu commandeur de la Légion d'honneur en 1976, prend sa retraite avec le grade de colonel. Par arrêté du 21 novembre 1983, madame Audin et ses trois enfants reçoivent chacun une indemnité de 100 000 francs. Le 13 juillet, elle avait reçu la Légion d'honneur. Mais le 3 décembre, une loi d'amnistie rétablissait dans tous leurs droits les anciens chefs de l'OAS et l'État n'avait toujours pas reconnu son crime.

Le 23 novembre 2000, dans une interview au journal Le Monde, le général Massu regrette la torture et reconnaît qu'elle « avait été généralisée en Algérie » . À la question « Est-il [Audin] mort sous la torture ou étranglé? » , il répond : « Je n'étais pas à côté de Maurice Audin au moment de sa disparition. Je n'ai pas de souvenirs précis. Si j'avais encore en mémoire les circonstances de sa disparition, je vous le dirais probablement, mais je n'en ai pas. » Le général Aussaresses, ancien du SDECE, alors commandant sous les ordres de Massu est plus maladroit lors d'une interview publié le même jour par Le Monde. À une question mettant en cause le lieutenant Charbonnier, il répond : « Je ne sais rien pour ce qui est de Maurice Audin. Vraiment rien. [...] Je ne sais rien, je vous le répète. La seule chose que je peux vous dire, c'est que ce n'était pas Charbonnier. Il n'était pas dans le secteur à ce moment-là. Il était ailleurs, occupé à procéder à des arrestations et à exploiter des renseignements. Mais il n'était pas là. [...] Le lieutenant Charbonnier n'y était pour rien, c'est tout ce que je peux vous dire. »

Le 2 mai 2001, le général Aussaresses publie un livre où il apparaît clairement que c'est lui, fondateur du 11ème Choc, le service Action du SDECE, qui dirige toutes les opérations de recherche de suspects, d'interrogatoires poussés et d'exécutions sommaires pour la 10ème DP, commandée par le général Jacques Massu, du 8 janvier 1957 jusqu'à l'automne de la même année. Il coordonne toutes les actions des officiers de renseignement (OR). Il connaît de près tous les acteurs de l'affaire Audin, le lieutenant Charbonnier et trois membres des sa deuxième équipe , Yves Cuomo et Pierre Misiry (Misiri pour Pierre Vidal-Naquet) qui sont avec Charbonnier les acteurs de la pseudo évasion de Audin, et Maurice Jacquet, l'un des paras ayant interpellé Audin.

À propos de Maurice Audin, Aussaresses écrit : « Je suis repassé chez Audin après la capture d'Alleg. J'ai demandé à Charbonnier d'interroger ces deux hommes pour savoir s'ils appartenaient au Service Action du PCA [Parti Communiste Algérien] et d'exploiter les papiers et les carnets [...]. Comme on sait, Audin disparut le 21 juin. Cette disparition fit scandale et donna lieu à une enquête poussée. » On voit ici toute l'habileté littéraire de ce licencié en latin-grec devenu tortionnaire et assassin, à jouer sur les différents sens des verbes disparaître et pousser. Suite à la parution de ce livre, Josette Audin dépose plainte contre X pour séquestration et pour crimes contre l'humanité.

Yves Cuomo déclare le 11 mai 2001 dans La République des Pyrénées, que lors du transport au cours duquel, d'après les paras, Maurice Audin se serait évadé, l'homme qui a sauté de la jeep qu'il conduisait ce 21 juin 1957 portait une cagoule. Rien ne prouve donc que c'était Maurice Audin.

En attendant, la République persiste dans le mensonge.

 

Sources :

Pierre Vidal-Naquet, L'affaire Audin, Éditions de Minuit 1958, 1989; Henri Alleg, La question, Éditions de Minuit, Paris, 1961; Le Monde 23 novembre 2000; Général Paul Aussaresses, Services spéciaux, Algérie 1955-1957, Perrin, 2001.

LES ARCHIVES DE L'HUMANITE
HISTOIRE
Exécuté pour l’exemple par la justice coloniale

Algérie . Il y a cinquante ans, le 11 février 1957, Fernand Iveton, trente et un ans, militant communiste, accusé de terrorisme, était guillotiné. Sa grâce a été refusée par le gouvernement de Guy Mollet.

« Je vais mourir, mais l’Algérie sera indépendante » furent les derniers mots prononcés par Fernand Iveton, avant d’être guillotiné juste après Mohamed Ounouri et Ahmed Lakhnache, le 11 février 1957 à 4 h 30 du matin. « Ce matin, ils ont osé/ Ils ont osé/ Vous assassiner/ C’était un matin clair/ Aussi doux que les autres/ Où vous aviez envie de vivre et de chanter (...) », déclamait dans un poème écrit après son exécution Annie Steiner, alors jeune militante détenue dans le quartier des femmes de la prison de Barberousse d’Alger (1). Fernand Iveton avait trente et un ans, ses deux codétenus, un peu plus de vingt ans. « Nous avons voulu sa mort et nous l’avons obtenue sans défaillance », écrivait ce jour-là Jean-Paul Sartre. « Les 300 condamnés à mort d’Algérie sont, pour la plupart, des otages que l’on veut fusiller », dénonçait l’écrivain et journaliste communiste Pierre Courtade dans l’Humanité.

Rencontrée dans une librairie à Alger, Annie Steiner se souvient encore de ce 11 février 1957 quand sa compagne de cellule, Yvette Bacri, l’a réveillée. « Annie, réveille-toi, ils emmènent Fernand », lui crie-t-elle. Elle avait reconnu la voix d’Iveton quand il était passé devant le quartier des femmes encadré par des gardiens qui l’emmenaient vers le lieu de son exécution. Il était en train de chanter. « Il s’est dirigé vers la guillotine comme s’il allait revenir », écrit alors Étienne Fajon dans l’Humanité. « Tous les détenus, c’était la tradition quand un militant était exécuté, ont commencé à crier, à faire du bruit avec n’importe quoi et à scander "tahia el-djazaïr" (vive l’Algérie). Après sa mort, on a fait une grève de quarante-huit heures », ajoute Annie Steiner. « La vie d’un homme, la mienne, compte peu, ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir et l’Algérie sera libre demain », déclarait-il au greffe de la prison, quelques minutes avant son exécution. Au pied de la guillotine, il a embrassé ses deux codétenus qui allaient être exécutés avant lui (2). « Celui-là, fut un condamné à mort modèle, droit, impeccable, courageux jusqu’au couperet », relate son bourreau, Fernand Meissonnier (3).

Exécuté pour l’exemple, Fernand Iveton était accusé d’avoir tenté, selon l’expression du ministre résident en Algérie, le socialiste Robert Lacoste, d’avoir voulu « faire sauter Alger ». Or, s’il a, certes, déposé une bombe dans les vestiaires de l’usine de gaz d’Alger, elle ne devait exploser qu’une fois les employés partis. Selon Jacqueline Guerroudj, qui lui a remis la bombe, Iveton avait exigé qu’elle ne fasse aucune victime civile. Il voulait des « explosions témoignages » pour faire avancer la cause de l’indépendance sans faire de victimes civiles. De ce fait, la bombe, de faible puissance, avait été réglée pour exploser le 14 novembre 1956 à 19 h 30. À cette heure, il n’y avait plus personne sur les lieux de travail, rapporte l’enquête. D’ailleurs, les artificiers l’avaient désamorcé vers 18 heures.

Arrêté sur dénonciation, le 14 novembre 1956, Iveton est présenté devant le tribunal permanent des forces armées d’Alger dix jours après, le 24 novembre, rasé, sans moustache, le visage marqué par les coups. Le procès se déroule dans une atmosphère de haine. La presse coloniale titre « Iveton le dynamiteur ». Quand il fait son entrée dans le tribunal, des insultes fusent à son endroit, le public exige sa mort et ses avocats sont menacés. Le procès est expéditif : il est condamné à mort le jour même pour terrorisme. En vérité, son sort avait été réglé en France. Sur proposition du garde des Sceaux, François Mitterrand, le gouvernement socialiste de Guy Mollet avait décidé que l’examen des recours des militants du FLN serait accéléré et que ceux dont la grâce était refusée par le chef de l’État seraient exécutés au plus vite. Le 10 février 1957, son recours en grâce est rejeté par le président René Coty.

Né à Alger le 12 janvier 1926, Fernand Iveton a suivi l’itinéraire classique du militant communiste. À quatorze ans, le certficat d’études primaires en poche, il quitte l’école pour travailler. À seize ans, il adhère au Parti communiste algérien (PCA), dont il diffuse l, Liberté, et les appels à la sortie des stades d’Alger. Ouvrier tourneur, à l’usine Lebon, puis à l’usine de Gaz d’Alger, délégué CGT, il est de toutes les luttes sociales. Et quand débute la guerre d’indépendance algérienne, il s’engage dans les Combattants de la libération (CDL) mis en place par le PCA. Aujourd’hui, cinquante ans après, ses amis à Alger commémorent le cinquantième anniversaire de sa mort au cimetière d’El Alia et ils réclameront une nouvelle fois qu’une rue de cette capitale qui l’a vu naître porte son nom .

08/07/2007

LORS D'UNE CEREMONIE DE RECUEILLEMENT TENUE AU CIMETIERE D'EL-MADANIA (Ex Clos-Salembier)
Un vibrant hommage rendu au martyr Henri Maillot


Un hommage a été rendu ce jeudi au cimetière chrétien d’El Madania à Henri Maillot à l’initiative de l’association Yveton -Maillot. Les présents à cette cérémonie de recueillement, principalement les amis et compagnons d’armes du martyr ont tenu à rappeler qu’il a été l’un des grands moudjahidine de la Guerre de libération nationale.
“Il a sacrifié sa carrière pour que vive l’Algérie indépendante comme il avait le cœur rempli de valeurs. Il a donné sa vie pour que les autres vivent dans la dignité,” dira ému, M. Hassani, un ancien moudjahid. “C’est avec les armes de Maillot que l’on avait fait les plus grandes embuscades. A cette époque, on avait commencé à former les katibat, comme avec Henri Maillot la révolution s’est étendue vers l’Oranie. Il a galvanisé le mouvement de libération et l’a soutenu”, renchérira un autre compagnon du martyr. Henri Maillot fait ainsi partie des Français qui ont combattu auprès des Algériens lors de la Guerre de libération nationale. Sur sa tombe figure l’inscription suivante : «Ici repose Henri Maillot, mort au champ d’honneur le 5 juin 1956 pour l’Algérie indépendante et fraternelle.» Ses amis et anciens compagnons en présence de la sœur de Maillot, Yvette, ont déposé des gerbes de fleurs sur la tombe du martyr. C’est un certain 4 avril 1956 que Henri Maillot a scellé son destin alors qu’il était aspirant dans les rangs de l’armée française. Il déserta le 504e bataillon de la garnison de Miliana à bord d’un camion chargé d’armes. Il rejoindra les moudjahidines au maquis d’Orléansville (Chlef) et de l’Ouarsenis. Il fera connaitre par la suite ses motivations par le biais de lettres qui seront adressées à des militaires, à des policiers, à la presse et à des civils. Son message était clair : répondre en premier lieu à l’appel de la patrie. Le 22 mai 1956 le tribunal permanent des forces armées françaises le condamna à mort pat contumace. Et c’est le 5 juin 1956 que Henri Maillot tombe au champ d’honneur dans un douar dans la région Orléansville.
F. Zohra B.   Le Soir d'Algerie

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Published by Bob_Algiers - dans Guerre d'Algérie
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