15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 20:24

Né le 6 janvier 1938 à El Mouradia (Alger), il grandit à Bélouizdad (ex-Belcourt) où deux passions occupent son temps : le football et la musique. Bon ailier droit, il jouera sa dernière saison en 1951-52, sous les couleurs de la Redoute AC. Au début des années 50, il commença à s'intéresser à la musique et tout particulièrement à El-Anka, M'rizek, H'ssissen, Zerbout et Lachab. Au music hall El Arbi, il se distingue en obtenant deux prix. Grâce à Mahieddine Bachetarzi, il rejoint l'Opéra d'Alger, en 1953 à 1954, ou il chantera Magrounet Lehwahjeb qui fut un suceès. Engagé à l'Opara comme chanteur, il fera aussi de la comédie et jouera dans plusieurs pièces et dans de nombreux sketches dont Dahmane la chaire et Haroun Errachid. Après l'indépendance, il rencontre Mahboub Bati avec lequel il enrichit ses connaissances, se perfectionne et enregistre des chansonnettes.. En 1962 et face à l'invasion des chansons occidentales et égyptiennes, il fallait trouver une place pour le chaâbi auprès des Jeunes. Guerouabi introduit des changements sur le genre et, avec EI barah, il aura beaucoup d'impact. Dans ce courant rénovateur auquel s'opposeront les conservateurs, on trouvera aussi El Ankis et bien entendu le compositeur Mallboub Bati. Toutefois, El harraz et Youm EI Djemaâ ont la préférence de Guerouabi qui excelle d'ailleurs dans le mdih et les nabawiyates. Il effectue un pélerinage à la Mecque en 1987. Guerouabi qui a commencé à taquiner la mandale à l'âge de neuf ans a accumulé un capital immense grâce au contact et au travail assidu auprès de nombreux maîtres du genre. Toutefois son prestige découle du fait qu'il a su apporter sa touche personnelle et broder une variante singulière sur l'étoffe commune qu'est le chaâbi. Il n'a jamais cessé en fait, même pendant les moments difficiles de sa carrière, d'être à la hauteur de sa réputation, qui a largement dépassé les frontières nationales. A son actif, des centaines de compositions, dont des adaptations de poèmes des XVI Iè et Xvlllè siècles. Il en courage son fils Mustapha à le suivre sur le même chemin et chanter en duo avec lui en 1990. Héritier populaire des grands maîtres du genre et figure emblématique de toute une génération, il renoue avec les textes fiévreux et les poésies qui ont fait sa renommée, dès et début des années 50. La voix suave légèrement éraillée, le " rescapé algérois d'une musique qui s'évaporait de plus en plus dans la variété refait, au début des années 90, un retour éblouissant avec un CD sorti chez Sonodisc, en France, Le chaâbi des maîtres. Cithare, piano, tablas, violons, banjos et guitare constituent l'instrumentation d'un répertoire classique revitalisé et toujours distillé en arabe dialectal. avec une diction et une sérénité extraordinaires. L’espoir était donc revenu, et d’aucuns avaient commencé à se dire que le cheikh se relèverait de cet énième coup du sort. Hier, pourtant, les espoirs se sont envolés, les cœurs se sont brisés et les yeux se sont emplis d’une affliction infinie. L’annonce est désormais officielle : El-Hadj El-Hachemi Guerouabi a rendu l’âme, lundi 17 juillet 2006, à l’hôpital de Zéralda, où il a été admis à la suite d’un arrêt cardiaque. Ainsi, après un âpre combat contre la maladie, c’est elle qui finit par avoir le dessus. Guerouabi s’en est allé, laissant des millions de fans dans l’abattement le plus total. Malade depuis plus de deux ans, Guerouabi avait dû être amputé d’une jambe pour empêcher la maladie de progresser. Son ultime retour sur scène, en juillet 2005, lors d’une qâada organisée au Théâtre de Verdure d’Alger, à l’occasion de la fête de l’indépendance avait conforté plus d’un sur l’amélioration de son état de santé. Et cette soirée magistrale demeurera longtemps dans les esprits. Malheureusement, c’est au moment où l’on s’y attendait le moins que les mauvaises nouvelles le concernant ont ressurgi. Et aujourd’hui, tout est fini. Hier,en fin de matinée, sa dépouille a été exposée au Palais de la Culture, où amis, admirateurs et officiels se sont déplacés pour un dernier regard, une petite prière. Tous sont venus s’incliner à la mémoire de celui qui fut le porte- flambeau du chaâbi. C’est que le départ d’ El-Hadj Guerouabi est une très grande perte pour le chaâbi et tout le patrimoine musical algérien. Il était l’un des derniers grands cheikhs du genre et sa disparition est quasi irremplaçable. Après l’hommage, le cortège funéraire s’est ébranlé, en direction du cimetière d’El-Madania où le défunt a été mis en terre, au milieu d’une foule très nombreuse. Après El-Hadj M’Hamed El- Anka en 1978 et Dahmane El- Harrachi en 1980, voilà qu’un autre grand maître disparaît, nous rappelant cette indéniable évidence : nul n’est éternel. C’est pourquoi, il est important de léguer le précieux héritage -dans ce cas, le chaâbi-, aux générations futures, afin de le pérenniser et le préserver de l’aliénation du temps. L’œuvre de Guerouabi est immense, aux jeunes artistes du chaâbi de s’en montrer dignes. Une vie entière dédiée au chaâbi Enfant prodige d’un quartier populaire,El-Hachemi Guerouabi a vu le jour le 6 janvier 1938 à El- Mouradia mais c’est Bélouizdad qui le verra grandir. Tout comme les autres enfants du quartier, il poussera avec un ballon au pied. Plus tard, il deviendra un bon ailier droit, jouant même au sein d’une véritable équipe de football. Seulement, la balle ronde n’est pas son unique passion, il aime aussi chanter. C’est alors qu’il prend ses distances avec les stades, jouant sa dernière saison en 1951-1952, sous les couleurs de la Redoute AC, pour se consacrer entièrement au chaâbi. Découvrant les premiers grands maîtres El-Hadj M’Hamed El-Anka, El-Hadj M’rizek, H’ssissen, Zerbout et Amar Laâchab, Guerouabi est subjugué. Se sentant lui-même une âme d’artiste, il se laisse guider par ses envies. Il sera très vite remarqué par les tenants de ce genre musical qui lui décernent deux distinctions, en guise d’encouragement pour ses brillantes prestations au Music-Hall El- Arbi. Toutefois, c’est Mahieddine Bachetarzi, qui lui permettra de rejoindre l'Opéra d'Alger, entre 1953 et 1954. Interprétant de sa voix éraillée et tellement typique Magrounet Lehwahjeb El- Hachemi conquerra l’assistance. De suite, il sera engagé par l’Opéra d’Alger comme chanteur mais cette présence sur l’une des scènes les plus prestigieuses du Maghreb sera aussi pour lui une opportunité pour s’essayer à la comédie. Il jouera donc dans plusieurs pièces et dans de nombreux sketches dont Dahmane la chaire et Haroun Errachid. Au lendemain de l'indépendance, sa rencontre prodigieuse avec le grand Mahboub Bati lui permettra d’enrichir ses connaissances, de se perfectionner et d’enregistrerdes chansonnettes. Seulement, voilà. Les années post-indépendance verront le déferlement des musiques occidentales et égyptiennes, et au milieu de toutes ces couleurs musicales, le chaâbi peine à se faire une place. Guerouabi prendra alors la situation en charge, à sa manière et introduira des changements au genre. Commençant avec EI Barah, il a un très bel impact. D’autres chanteurs suivront cette voie de l’innovation, tels que Boudjemaâ El- Ankis ou le compositeur Mahboub Bati. Chacun de son côté, ils feront front contre les conservateurs qui voient en cette nouvelle vague d’artistes des opportunistes voulant dénaturer un patrimoine ancestral. Il faut dire qu’issu de la tradition savante dont il constitue un développement populaire, le chaâbi, né au cours des années vingt, a longtemps été porté par le légendaire El-Anka, et personne avant Guerouabi n’avait osé toucher à la mesure de cette musique algéroise. Remises donc au goût du jour, El-Harraz et Youm EI-Djemaâ auront la préférence de Guerouabi qui excelle d'ailleurs dans le mdih et les nabawiyates. Très imprégné de tous ces textes chantant le prophète Mohamed et la traditions islamique, il décide en 1987 d’effectuer un pèlerinage aux Lieux Saints de l’Islam. A son retour, El-Hadj Guerrouabi continue de composer et d’ adapter les poèmes anciens, remontant même jusqu’aux XVIIe et XVIIIe siècles.Chaque fois qu’il se retrouve face au public, la magie opère et la foule est entraînée par la spirale de la poésie chaâbie. A son actif, des centaines de compositions qui ont toutes contribué à asseoir sa solide réputation. Désirant transmettre le flambeau, il encourage son fils Mustapha à emprunter le même chemin. Ensemble, ils montent sur scène en 1990, pour un duo explosif. En parrallèle il continue à interpréter des textes fiévreux de sa voix, à la fois suave et éraillée. Maître de tous les styles du chaabi, de la qassida medh (genre mystique) aux gharamiat (poésies courtoises), en passant par le mouachah (texte classique arabo-andalou), El-Hadj El-Hachemi Guerouabi nous laisse les magnifiques El-Warqa, El-Chams El-Barda, Kan fi âmri aâchrin, Allô, allô, El-harraz, Chahilat laâyani, El-qahwa ou latay, Youm el-djemaâ et on en oublie encore, toutes servies à sa sauce si particulière et surtout si exquise. Un jour, il dira à propos de la musique : «elle m'a habité, ça a été un long parcours jalonné de joie, de peine, de marginalisation et, heureusement, de beaucoup de succès». Une phrase qui résume, à elle seule, un amour démesuré auquel il est resté fidèle jusqu’à la fin. Repose en paix Cheikh, ton héritage pérennise ton souvenir.

 

Par Hassina A., La Nouvelle Republique, 19-07-2006

 

 

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Published by Bob_Algiers_ - dans Salon de Musique
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